Qualité et utilisation des médicaments
La Pharmacopée Européenne (Ph. Eur.) est la pierre angulaire du contrôle qualité des médicaments dans les 39 États membres ayant ratifié la Convention relative à l’élaboration d’une Pharmacopée européenne. En élaborant des normes qualité harmonisées, elle joue un rôle essentiel dans la protection de la santé publique. En effet, elle fournit ainsi un cadre juridique et scientifique garantissant que les médicaments et leurs composants répondent à des exigences qualité, depuis leur développement jusqu’à leur production et leur mise sur le marché. Les normes qualité de la Ph. Eur. sont juridiquement contraignantes pour tous les fabricants qui souhaitent commercialiser leurs produits dans ses États membres. À la faveur de l’évolution du paysage mondial de la production des médicaments, la Ph. Eur. est désormais reconnue bien au-delà des frontières de l’Europe. Les normes qu’elle élabore contribuent au développement de critères internationaux pour évaluer la qualité des médicaments. Elles favorisent ainsi l’harmonisation des exigences qualité dans le monde entier et, par conséquent, l’utilisation sans danger et efficace des médicaments à l’échelle planétaire.
Une année riche en nouveautés et innovations
Au cours de l’année 2024, 202 textes (nouveaux et révisés) ont été publiés pour enquête publique, dans les numéros 36.1 à 36.4 de Pharmeuropa (la plateforme de commentaires en ligne de la Ph. Eur.). Au total, 28 nouvelles monographies, 11 nouveaux chapitres généraux et 230 textes révisés ont été adoptés lors des trois sessions de la Commission européenne de Pharmacopée (EPC), organisées en mars, juin et novembre. En offrant son temps et ses compétences techniques, la communauté mondiale d’expert·es bénévoles de la Ph. Eur. poursuit la production de contenus d’une grande richesse dans des domaines variés, comme souligné ci-après. Ces textes – nouveaux ou révisés – intègrent des procédures analytiques développées récemment et fournissent des normes qualité, fondées sur la science et étayées par des données, qui couvrent des produits présentant un grand intérêt sur le marché et des domaines émergents. Ils contribuent ainsi à la protection de la santé publique dans les 39 États membres de la Ph. Eur. et dans les 130 pays où ils sont appliqués. En outre, 156 textes portant sur d’autres sujets d’intérêt ont été inscrits au programme de travail.
Nos expert·es : une communauté scientifique internationale dynamique
Les travaux de la Ph. Eur. sont pilotés par une communauté d’expertes et d’experts internationale dynamique. Ce réseau réunit des professionnel·les provenant d’Autorités nationales (Autorités de pharmacopée, laboratoires officiels de contrôle des médicaments, autorités d’enregistrement et corps d’inspection, par exemple), du secteur privé (industries pharmaceutique et chimique), du milieu universitaire, d’organismes de recherche et d’autres secteurs d’activité. Hautement qualifiées, ces personnes partagent leur expertise et leurs expériences au sein des plus de 60 groupes d’expert·es et groupes de travail auprès desquels elles sont nommées pour trois ans par l’EPC. En 2024, près d’un millier d’expert·es ont continué à consacrer leur temps et leur énergie à l’élaboration des normes publiques de la Ph. Eur. Véritable pilier de la Ph. Eur., cette communauté assure le lien essentiel entre travaux expérimentaux et normes documentaires.
Accomplissements majeurs dans le domaine des 3R
Depuis l’adoption de la Convention européenne sur la protection des animaux vertébrés utilisés à des fins expérimentales ou à d’autres fins scientifiques (Conseil de l’Europe, STE nº 123) en 1986, l’EPC et ses expert·es veillent à proposer un programme de travail visant à remplacer, réduire et raffiner l’utilisation des animaux à des fins expérimentales (principe des 3R). À l’échelle de l’UE, la Directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques déconseille fortement l’utilisation d’animaux pour tester des médicaments.
Suppression de l’essai des pyrogènes sur lapin
Dans une décision historique du point de vue du bien-être animal comme de celui de la science, l’EPC a décidé de supprimer l’essai des pyrogènes sur lapin de ses monographies lors de sa 179e session (juin 2024), puis le chapitre correspondant lors de sa 180e session (novembre 2024).
Fin des essais de détection de l’histamine et des substances hypotensives pratiqués sur des animaux
Lors de sa 180e session (novembre 2024), l’EPC a décidé de supprimer de la Ph. Eur. les essais de détection de l’histamine et des substances hypotensives pratiqués sur animaux. Cette décision met fin à l’utilisation des animaux dans les essais d’innocuité générale.
À noter également
Éléments extractibles dans les plastiques pour usage pharmaceutique
L’EPC a adopté un nouveau chapitre général sur les Éléments extractibles dans les matières plastiques pour usage pharmaceutique (2.4.35). Il définit les exigences relatives au contrôle des éléments extractibles, qui permettent de garantir l’innocuité et la qualité des produits pharmaceutiques.
Médicaments utilisés en phagothérapie
Dans le domaine des produits biologiques, l’EPC a adopté un nouveau chapitre général sur les Médicaments utilisés en phagothérapie (5.31). Il fournit des recommandations complètes concernant les exigences qualité applicables aux produits de phagothérapie, qui suscitent un intérêt croissant en tant que traitements potentiels des infections bactériennes antibiorésistantes.
Médicaments de thérapie génique
Avec l’introduction de la monographie générale sur les Médicaments de thérapie génique pour usage humain (3186), l’EPC a adopté une nouvelle approche de la thérapie génique, en se concentrant sur la qualité et l’innocuité de ces médicaments. L’objectif est de fournir des recommandations claires et complètes pour le développement et la production de ces thérapies innovantes.
Stratégie de la Ph. Eur. relative à la contamination par les nitrosamines
Début 2024, l’EPC a mis au point une nouvelle stratégie pour répondre à la problématique des impuretés N-nitrosamine dans les monographies de la Ph. Eur. L’objectif est de clarifier les exigences de détection et de contrôle de ces impuretés potentiellement nocives, afin de garantir l’innocuité et la qualité des médicaments. Cette stratégie est détaillée sur la page web de l’EDQM consacrée aux nitrosamines.
Programmes conjoints
Programme de standardisation biologique
Le programme de standardisation biologique (BSP) est une initiative conjointe de l’UE et du Conseil de l’Europe, financée en partie par l’UE. Il a pour mission d’établir des étalons de référence (ER) destinés à l’analyse de produits biologiques, et de développer et valider de nouvelles procédures analytiques pour le contrôle qualité de ces derniers, notamment des méthodes alternatives aux essais de laboratoire sur animaux, selon le principe des 3R.
En 2024, dans le cadre de ce programme, 25 projets ont été menés dans différents domaines, des vaccins pour usage humain ou vétérinaire aux produits dérivés du plasma, en passant par les produits biotechnologiques. Trois projets relatifs à l’établissement d’étalons de référence sont arrivés à leur terme : l’un menant à l’établissement d’un nouvel ER et les deux autres à celui de préparations biologiques de référence (PBR)/substances chimiques de référence (SCR) de remplacement (voir Étalons de référence).
L’EDQM a mené 15 autres projets portant sur l’établissement de lots de remplacement d’ER existants et trois portant sur l’établissement de nouveaux ER pour des produits biologiques.
Trois projets en cours sont axés sur le développement de nouvelles méthodes de pharmacopée. Ils concernent tous l’application du principe des 3R dans le domaine du contrôle qualité des produits biologiques.
Initiatives de coopération et d’harmonisation internationales
Groupe de discussion des pharmacopées
Depuis l’intégration en octobre 2023 de la Commission indienne de Pharmacopée (IPC), qui a rejoint la Ph. Eur., la Pharmacopée japonaise (JP) et la Pharmacopée des États-Unis (USP) en tant que quatrième membre du Groupe de discussion des pharmacopées (GDP), le groupe a réalisé des progrès significatifs dans trois domaines : son programme de travail, la mise à jour du guideline ICH Q4B et de ses annexes, et son programme d’ouverture à de nouveaux membres.
Une étape importante a été franchie en 2024, avec l’approbation, par l’Assemblée de l’ICH, de la version modifiée du guideline ICH Q4B et de la version révisée de la procédure de travail (annexe 5 de la procédure opératoire standardisée (POS) des groupes de travail de l’ICH), toutes deux relatives à l’harmonisation des pharmacopées. Ces textes ont été élaborés par le GDP, puis passés en revue avec les membres de l’ICH afin de parvenir à un consensus. Au cours des années à venir, les travaux seront consacrés à la mise à jour des déclarations d’interchangeabilité dans toutes les annexes du guideline ICH Q4B.
À la suite de l’intégration de l’IPC, le GDP a entrepris de se pencher sur les enseignements tirés de son processus d’ouverture à des nouveaux membres. Fort de cette expérience, il a lancé la phase suivante, qui consiste à inviter d’autres pharmacopées du monde à faire acte de candidature. Cela lui permettra d’élargir son rayonnement international et de renforcer l’harmonisation des normes de pharmacopée à l’échelle planétaire. Ce lancement marque le début du processus d’accueil de nouvelles pharmacopées au cours des prochaines années. Le GDP procède également à l’évaluation et à l’amélioration de ses méthodes de travail afin de rester efficace malgré l’augmentation du nombre de ses membres.
Le GDP a, en outre, entamé une série d’échanges productifs sur les impuretés nitrosamine – un sujet de haute importance. Les membres du groupe ont partagé leurs connaissances et leurs expériences, abordé des difficultés spécifiques et exploré des possibilités de collaboration pour l’avenir.
Lors de sa réunion d’octobre, le GDP a signé la version harmonisée du chapitre général sur les impuretés élémentaires (G-07). La mise en œuvre de ce chapitre harmonisé et l’application des concepts du guideline ICH Q3D favorisent l’élaboration de monographies spécifiques dont les exigences en matière d’impuretés élémentaires sont uniformisées entre les régions couvertes par les pharmacopées membres. En tout, le GDP a harmonisé avec succès et continue de tenir à jour les 31 chapitres généraux inscrits à son programme de travail, dont des procédures analytiques aussi importantes que la chromatographie, l’essai de dissolution, l’essai de stérilité et les essais de contrôle microbiologique. Il a, en outre, harmonisé 48 monographies d’excipients. Une vingtaine de nouveaux textes figurent actuellement à son programme de travail (chapitres généraux, excipients). Le groupe reste engagé vers une plus grande reconnaissance des normes de pharmacopée harmonisées, dans le but de parvenir à une convergence mondiale.
Publications, bases de données et site web
Base de données Standard Terms
Initialement élaborée à la demande de la Commission européenne pour les dossiers d’autorisation de mise sur le marché, la base de données Standard Terms contient des termes normalisés permettant aux utilisateurs et utilisatrices comme aux prescripteurs et prescriptrices de disposer d’un vocabulaire harmonisé pour décrire les formes pharmaceutiques, les voies d’administration, les unités de présentation, ainsi que les récipients, les fermetures et les dispositifs d’administration des médicaments. La liste des termes normalisés est disponible en 35 langues.
La base de données comprend également une section « Mapped terms », qui permet l’introduction de termes issus de bases de données externes du monde entier et leur mise en correspondance avec les termes normalisés, ainsi que des services web (également appelés « interfaces de programmation ») qui permettent aux personnes inscrites d’extraire des données directement à partir de la base pour les intégrer dans leurs propres systèmes.
En 2024, 13 termes normalisés ont été ajoutés, huit ont été révisés et plus de 450 traductions ont été ajoutées ou mises à jour. Plus de 3 700 comptes utilisateur ont été créés et le site web a reçu près de 40 000 visites.